
Interview de Le Singe Blanc


Interview du groupe LE SINGE BLANC avec Vincent, bassiste et chanteur du groupe.
Présente-nous rapidement le groupe.
Le groupe a fêté ses 10 ans en août 2010. On a organisé pour l'occasion une grosse fête avec plus de 25 concerts en 3 jours, dans la campagne près de Metz (notre base). On y a d'ailleurs fait un concert à deux batteries, avec Dan le premier batteur et Kevin qui l'a remplacé il y a presque 7 ans. Clotilde était comme toujours, enfin depuis 2005, au son. Nous sommes donc actuellement 4 dans le groupe : 3 musiciens (Thomas – basse + chant, Kevin – batterie, et Vincent – basse + chant), et Clo qui nous sonorise, nous manage et s'occupe du booking avec Thomas, elle gère une grosse part de l'extra musical.
LSB, c'est un peu difficile de vous classer, dans quel genre vous vous classez ? Et surtout, quelles sont vos influences ?
On n'a jamais été très chauds pour être classés. On chercherait même plutôt à fuir les cases. On préfère donc nous classer nous même, genre Drum & Babasse, Rock régressif, ou encore Zouk core... Des qualificatifs vagues, qui laissent place à l'imagination et surtout, pas très sérieux.
Nos influences sont très éclectiques, ont écoutait pas trop la même chose avant de se rencontrer, pour simplifier : Dan étais plus Rock progressif, Jazz et Post Punk, Thomas lui écoutait surtout de l'indus et de la New Wave, Kevin qui est plus jeune écoutait plutôt du Hip Hop, du rock 90's, et moi du Rock psyché, de l'électro et des musiques traditionnelles... Mais au delà de ces tendances réductrices, on était ouverts et on écoutait un peu de tout ! On a partagé nos univers, on a macéré dans un bain d'expérimental et on a découvert ensemble la scène alternative, dont on est vraiment tombés amoureux...
Une question que tous nos amis guitaristes, dont moi, se posent : pourquoi pas de guitare ? Vous n'avez trouvé aucune personne aussi folle que vous qui savait jouer de la guitare ou alors vous vous êtes dit "on n'aime pas la guitare" ?
Ni l'un, ni l'autre... Au départ je jouais avec un autre groupe sur Metz, les TAKEN PLUM', une formation punk classique (batterie-basse-guitare-chant) avec Dan, le premier batteur du Singe Blanc. Le groupe avait déjà 10 ans (en 2000)... Thomas venait de débarquer sur Metz, on s'est rencontré au théâtre universitaire où il venait de se faire embaucher et où j'attaquais une objection de conscience. On a bien accroché. Je voulais intégrer Thomas au synthé dans mon groupe mais on a splitté juste avant. Ce théâtre a aussi une programmation très pointue de musiques nouvelles, c'était très intéressant, très perché aussi. On baignait dans cet univers barré, radical, mais aussi parfois intello et prétentieux. On a alors tenté plusieurs formations avec Thomas : KUKLOS, projet electro-indus avec un collectif mouvant de musiciens, ça s'est monté autour d'un spectacle pluridisciplinaire, on a fait 2-3 concerts autonomes, on était tous les 2 aux machines... On a aussi monté un projet encore plus éphémère LES VALISES, avec 3 autres musiciens, une sorte d'electro tribale improvisée, 1 seul concert...
On a eu alors l'envie de monter quelque chose de plus rock, plus direct, un truc bourrin, pour se défouler et ne pas se prendre la tête sur la technique, un projet sérieux qui ne se prend pas au sérieux... On a donc monté LE SINGE BLANC avec Dan. Quoi de plus bourrin que 2 basses et une batterie ? On a fait notre premier concert 2 mois après...
Quelles réactions les gens ont en vous écoutant ?
Le panel de réactions est très large et a beaucoup évolué avec le temps et en fonction des lieux, et surtout des réseaux où on s'est produits. Pour les négatives : au pire des gens se sentaient agressés par le volume, parfois de l'incompréhension face à la débilité assumée de notre musique, ou encore, surtout dans les premiers temps, une incompréhension liée aux incessantes ruptures rythmiques des vieux morceaux, mais pas d'indifférence je crois. Pour les positives : presque toujours de la curiosité et de l'étonnement, souvent de l'amusement, parfois jouissif, et au mieux on génère une joyeuse hystérie libératrice et de la transe !
Au fil du temps, de notre évolution et de celle du public, on a l'impression d'être plus en empathie avec les gens ; beaucoup sont blasés de voir des groupes qui se prennent au sérieux tout en faisant une musique très attendue, très dans un style, facile à classer... Nous faisons partie d'une scène qui tente de sortir de ça, on en peut plus des poseurs, des clichés et de la redite... Et on est de plus en plus nombreux !

Parlons un peu de votre actualité immédiate, la tournée s'est bien passée ? Plus de mondes qu'escompté ou alors déçu par le peu de public ?
Elle s'est très bien passée. On est resté en France où on a longtemps galéré par rapport à des pays comme la Belgique ou l'Allemagne qui ont un public rock alternatif très actif. Ce coup ci on a eu du monde partout, tous les jours, des lundi, des mardi... Au minimum 50 personnes, souvent 80, parfois 150... Pour nous c'est super, on a été très surpris. Même dans les SMAC (Salles de Musique Actuelles) où c'est souvent difficile pour des groupes comme nous (on est fortement liés au réseau alternatif, notre type habituel de public aussi), l'entrée et les boissons sont un peu plus chères, les salles ont des jauges plus importantes, avec souvent des vigiles à l'entrée...
Un de nos amis du groupe X25X pense que le noise est à la mode depuis peu, les jeunes s'en emparent. On voit effectivement plus de jeunes aux concerts, et globalement vraiment plus de monde en France. Des groupes comme MARVIN y sont sans doute pour beaucoup. On en profite, ça fait du bien, et ça ne durera peut-être pas... Mais on a l'impression qu'après une longue période de conformisme autour de la construction des SMAC, des festivals et de leurs programmations un peu standardisées, de la disparition des lieux indépendants et des cafés-concert, de plus en plus de gens n'en peuvent plus, programmateurs comme public, arrivent à saturation de la culture de masse et commencent enfin à prendre des risques. C'est dans l'air du temps, on est gavés depuis longtemps déjà...
Le live, justement, comment vous voyez ça ? Certains y voient une expérience pour jammer, improviser et faire vivre ses compos, et vous?
On improvise pas trop en live, les morceaux sont plutôt très calés. Notre musique repose au contraire sur une certaine efficacité. C'est dans notre rapport au public qu'on essaye d'être libres, on cherche une catharsis sans chichis, les tournées nous permettent d'automatiser la musique pour placer notre énergie ailleurs, être avec les gens, simplement, mais à fond ! Enfin c'est ce qu'on cherche et qu'on trouve parfois...
Maintenant, revenons à des sujets plus normaux et parlons paroles : comment vous les composez ? Parce que tout cela n'est pas très audible voyez-vous. Vous vous dites "allons y chantons n'importe quoi" ou au contraire, vous choisissez les sons avec soin ?
Les chants sont calés, comme si c'était un instrument à part entière. On compose tout à partir d'impros structurées à posteriori, les chants viennent souvent se poser après le reste, on fait plein d'essais, on se raconte parfois des histoires, mais on fait toujours attention à noyer le poisson pour que chacun puisse projeter ce qu'il veut là dedans.
Votre nouvel album, Babylon, s'est-il bien vendu ? Comment a t-il été accueilli ?
L'album se vend plutôt bien, globalement on vend un peu plus qu'avant, ce qui représente pas grand chose au niveau commercial. On vend principalement en tournée et un peu via nos Labels sur le net et en commandes. On arrive à autofinancer l'album suivant avec les ventes de celui d'avant depuis peu...
L'album a été bien accueilli, on a beaucoup de bonnes chroniques. Il s'inscrit, pour beaucoup de ceux qui nous connaissent depuis longtemps, en cohérence avec l'évolution du groupe. Les gens se partagent aussi sur le son qui est très différent sur chaque album, sur les pochettes... Certains, rarement heureusement, commencent à se lasser de notre musique. Mais globalement il a été très bien accueilli.

Vous venez de quelle ville ? Comment se porte la scène musicale là bas ?
On vient donc de Metz, ville moyenne collée à l'Allemagne, la Belgique et au Luxembourg. La ville accueille beaucoup de groupes très intéressants et qui tournent pas mal.
C'est plutôt barré globalement, avec des groupes de la triple alliance de l'est : AH KRAKEN, FEELING OF LOVE, SCORPION VIOLENTE, mais aussi THEE VERDUNS, FREDA, 100M DE SILENCE, MESA OF THE LOST COMEN, KROTZ STRUDER, et en plus classiques les WAD BILLYS, THE SWAMP, les PKRK... Tout le monde se connait, on répète presque tous dans le même local... Il ne reste plus qu'un lieu pour jouer à Metz, les Trinitaires, une salle institutionnelle, alors on a tous tendance à s'exporter.
Parlons label, ça a été dur d'en trouver un ? Et surtout de le garder ?
On en a pas eu pendant longtemps. Les premiers albums étaient en autoprod. Un peu galère pour trouver de l'argent pour sortir les disques et un manque de visibilité certain... Strak, le 3ème album, est sorti sur le label Keben, basé à Nantes, qui est mort peu de temps après. Depuis Baïho, on est sur Whosbrain, basé au Luxembourg, sur Bar la Muerte, tenu par Bruno, batteur d'Ovo, basé en Italie ; le nouveau label Messin Les disques de La Face Cachée s'est ajouté sur Babylon. Ce sont tous des amis, personne ne gagne rien dans l'histoire, pas trop de pression du coup, on est contents de bosser ensemble...
Parlons maintenant de la "crise" musicale : le téléchargement, ça vous fait peur ?
C'est plutôt HADOPI, LOPSI, Sarkozy et leurs amis qui nous font peur !!!
Quels sont vos coups de cœur musicaux du moment ? Le groupe qui a changé votre vision de la musique ? Et surtout, un groupe dont vous êtes jaloux ?
THE EX, J'M'EN FOUS, DOUBLE NELSON, VIALKA nous ont, entre autre, bien transformés par leur musique mais aussi, et surtout, leur démarche et leur attitude... Il y a plein de bons groupes en ce moment, trop difficile d'en extraire un ou deux, la scène indé-noise actuelle est très chouette... De la bonne musique et des chouettes gens...
Jaloux ??? Pas vraiment, on voudrait jouer partout, alors on pourrait être jaloux des groupes qui le font, mais c'est un milieu où on s'entraide facilement, alors on préfère avec leur aide leur emboiter le pas...
Votre rêve musical ?
Que tout ça continue de plus en plus facilement, le booking est vraiment pénible, qu'il le soit de moins en moins tout en conservant notre liberté. Garder l'inspiration, la fraicheur, l'envie et l'énergie... C'est vachement fragile tout ça...
Et enfin, quoi de prévu pour bientôt ? Nouvel album, tournée ?
On part en tournée demain, France – Espagne – Portugal, on a commencé la compo du prochain album, peut-être un split pour bientôt... Une tournée aux USA en gestation, une à la Réunion vers la fin de l'année, en fonction des opportunités.
Enfin, ma question à moi qui va vous faire rire : si LE SINGE BLANC était un tableau, ce serait quoi ?
Difficile... On se voudrait polymorphes. Nos pochettes en disent plus, un croquis nerveux à la craie grasse, un collage Boschien, un tableau blanc, du Pop art Kebabesque...
Raikage
09.03.2011
| Groupe : Le Singe Blanc |
ABRASIVE
C.B MURDOC
EMBRIONAL
YAYLA
DARKNESS BY OATH
AOSOTH
PANDEMONIUM
JUMPING JACK
Metallica + The Kills + Gojira
Lofofora + Tagada Jones + Doberman [crew]
ETHS
ABYSSE


