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Interview de Eths

Interview réalisée par Caym en 2001, enfin par là quoi.

Pouvez vous nous présenter votre groupe, son évolution et sa place au sein du collectif coriace.
Guillaume : coriace s’est créé avant le groupe. A la base, il y avait 2 formations : MELTING POINT & SHOCK WAVE auquel j’appartenais. Le premier cherchait une nouvelle section rythmique & le second a splitté. Greg, Staif & Candice m’ont attrapé au vol, puis nous avons cherché un bassiste : Roswell est arrivé, le groupe s’avéra stable, on a cherché un nom…

2 ans, 1 démo 2 titres, 1 MCD et en ce moment une tournée, vous êtes un groupe très actif cela vous vient de l’envie de percer dans le milieu du Hardcore Métal français ou cherchez vous simplement à vivre votre musique à fond et à vous faire plaisir ?
Guillaume : pour moi, c’est la deuxième avec une nuance : pour la vivre à fond, il faut aussi, selon moi, la partager avec le plus de monde possible et pouvoir en vivre un minimum pour s’y consacrer entièrement.
Roswell : un peu des deux .On se fait plaisir tout en essayant d’arriver le plus loin possible.
Staif : plus que percer dans le milieu du Hardcore, appartenir au monde de la musique; je ne pense pas qu’il faille toujours appartenir à tel ou tel courant, il ne faut pas oublier, qu’à la base, la musique est un art ( le premier d’ailleurs).
Greg : comme Guillaume, le plus important est d’arriver à vivre de sa musique de façon correcte sans prendre la grosse tête.

Vos influences sont elles aussi diverses que le paraît votre musique ?
Guillaume : plus encore !
Roswell : on écoute tous des trucs différents, ça peut aller du Blues, Reggae, au Métal le plus extrême .J’aime autant écouter BURNING SPEAR que MESHUGGAH.
Staif : j’écoute, pour ma part, beaucoup plus de Jazz et d’Electro que de Métal; mais c’est venu avec le temps. Toutes ces influences nous permettent de mélanger les schémas pour arriver à ce qu’on cherche vraiment à obtenir dans notre son.

Revenons en à votre collectif (Coriace), pensez vous que pour réussir à percer sans perdre son identité et sa liberté tout en ayant les moyens de faire de la promo et des concerts, une des solutions consiste à fonder un collectif avec d’autres groupes comme pas mal de groupes le font actuellement ?
Guillaume : à mon avis c’est plus compliqué que cela. Des collectifs, aujourd’hui tu peux en trouver beaucoup, je pense même que l’on commence à saturer. Cela paraît la meilleure solution, pourtant s’il n’y a pas un vrai travail derrière, ça peut partir en couilles et c’est parfois difficile de travailler et pour son groupe, et pour son collectif.
Roswell : Je pense que ça n’a rien a voir, la plupart des groupes aujourd’hui appartiennent à un collectif et ce n’est pas pour ça que tous ont leur propre identité.

Entrons dans le vif du sujet. Vos paroles ont un caractère agressif et révolté et sont surtout assez directes et brutales. Elles ont l’air directement inspirées de ce qui vous entoure, est-ce que cette violence et les maux que dénoncent vos chansons sont selon vous l’image qu’il faut dénoncer dans notre société ?
Guillaume : les textes parlent de choses vécues, ou qui nous stressent. Mais nous ne prenons pas vraiment de positions face aux vrais problèmes sociaux : nous ne faisons que les relater. Rares sont les groupes qui s’investissent vraiment dans un combat. Je ne veux plus mélanger la "politique" et la musique : je l’ai fait et à mon avis de façon superficielle et inutile. Ce n’est pas parce que tu cris "j’encule le front" que ça changera la face du monde. Mon message aujourd’hui serait plus celui de la tolérance, point.
Roswell : on se contente d’exposer les réalités de notre monde sans pour autant dénoncer tel ou tel acte, après libre aux gens de l’interpréter comme ils le veulent.
Staif : on exprime à notre façon la vision qu’on a de l’Homme plus que de la société ; c’est l’Homme même qui par essence est néfaste à l’Homme, en tous cas c’est ma vision des choses, la société n’en est que le reflet.

Certaines paroles sont d’ailleurs d’actualité, en effet dans des hommes bons vous écrivez "tout est prétexte à frapper, écraser, humilier, celui qui n’a rien demandé". Ainsi la musique Hardcore est prétexte à une dénonciation politico-sociale. Pensez-vous que c’est le style Métal qui est le plus approprié pour exprimer des idées contestataires et engagés sur les plans sociaux et politiques ?
Guillaume : c’est à mon avis la musique qui exprime le plus de sentiments différents, c’est tout.
Roswell : Comme je te l’ai dit, chacun peut interpréter cela comme il veut; dans "Des Hommes Bons" on parle de quelque chose qui nous est arrivé avec une personne connue. Je ne pense pas que se soit le Métal qui est le plus approprié pour dénoncer les problèmes de société, chaque style de musique le fait à ça manière.
Staif : "Des Hommes Bons" fait suite à une altercation qu’on a eue avec un joueur de l’OM (Blondeau) qui m’a d’ailleurs laissé une cicatrice à l’arcade. Sur ce coup là, on a voulu dénoncer le fait que certaines personnes sous couvert d’être connues se croient au dessus des lois et des gens.
Greg : je pense qu’on fait trop souvent l’amalgame entre le Métal et l’anarchie. Il est vrai qu’il est plus facile de donner de la rage avec le Métal, mais la musique est un art qui permet d’exprimer ses sentiments de quelque façon que ce soit.

Votre musique s’appuie sur des riffs à forte tendance Métal, une voix Hardcore et un noyau rythmique qui s’appuie sur les deux. Cependant, en concert on peut s’apercevoir que vous avez en fait beaucoup plus de mixité que cela en effet vous alternez les influences plus Funk, vous accélérez certains morceaux en les rendant plus agressifs notamment au niveau de la batterie ou vous calmez certains autres en les rendant beaucoup plus dépressifs. Bref on a l’impression que vous ressentez beaucoup plus vos morceaux en live, mais est-ce qu’une impression ?
Guillaume : sur disque, tu te dois d’être rigoureux et efficace. Sur scène, la moindre émotion agit sur ta musique. Et puis certains morceaux se prennent une gifle, car ils nous semblent pas assez aboutis, parfois.
Staif : c’est sur scène qu’on se retrouve dans notre état naturel, on est parti de là et c’est une chance unique de pouvoir vivre ça, pendant 1h15 on se retrouve en osmose entre nous, nos instrus et surtout le public ; ça nous permet de nous donner en profondeur, de restituer toutes les nuances qu’on peut sentir vraiment dans notre musique.
Greg : en live, tout est différent car les gens qui s’intéressent à ta musique sont devant toi et bougent. Ca donne une énergie inqualifiable dans le jeu que tu as souvent du mal à retrouver seul dans ton local.

Si je vous écris turbo, vous me répondez :
Guillaume : diesel !
Roswell : un deux feuilles avec trois filtres carton.
Staif : ça va plus vite …
Greg : Booster à fond !

La pochette de votre album est-elle un appel à se regarder dans le miroir, en fait effectuer une certaine autopsie de soi ?
Guillaume : Oulla… Joker ! Selon moi, c’était plus ce qu’il y avait au fond de nous, mais j’aime le fait qu’il y ait plusieurs interprétations.
Roswell : C’est comme nos textes tu peux l’interpréter comme tu veux.
Staif : la pochette est plus le résultat d’un désir visuel, mais si tu regardes les paroles du morceau qui a le nom de la démo tu liras "avoir le courage de regarder dans le miroir son vrai visage et accepter de le voir", trop peu de gens en ont le courage.

La question qui n’a rien à voir, j’ai cru comprendre que sur Marseille la scène underground était envahie par le rap et le reggae, que pensez-vous de ces deux styles ?
Guillaume : ce sont en fait les salles et organisateurs qui cherchent ces styles. Il y a beaucoup de groupes (trop !), de différents styles. Si on parle de vrai Rap, pas la soupe qu’on essaie de nous faire avaler, c’est cool : je kiffe pas mal de trucs, un peu moins pour le Reggae. Mais cela ne m’empêche pas d’admirer une bonne formation Reggae en live. Dernièrement, on a vu les KARGOL’S (Ska-Core) en live, les passages Reggae ne m’ont pas gêné, au contraire.
Roswell : C’est vrai que sur Marseille la scène se résume souvent au Rap et au Reggae, il y a de nombreux concerts pour ces styles, et de nombreux groupes, mais comme tous les phénomènes de mode, il y a du bon et souvent du très mauvais. J’adore le Reggae, un peu moins le Rap.
Staif : Marseille est plus qu’une ville, elle est vivante, elle possède une énergie assez particulière, mais le truc c’est que la grande majorité des gens qui y vivent ne se retrouvent pas dans le Hardcore ou le Métal, ça ne fait pas partie de la culture marseillaise; le Rap et le Reggae oui.

Avez vous un thème ou un son que vous voudriez exprimer ou utiliser dans une (ou plusieurs) de vos chansons à venir (pourquoi pas la pollution de la méditerranée) ?
Guillaume : il y a tant de sons et de thèmes à visiter que je ne saurais les lister. J’ai plus d’idées que de temps pour les exploiter.
Staif : on sait déjà quel thèmes on ne veut pas aborder, pour ce qui est du son, je voudrais élargir notre gamme à outrance, exploiter un maximum d’influences tout en gardant nos repères; mais le problème reste toujours le même : manque de temps et de moyens.

La scène Métal sur Marseille et les alentours ?
Guillaume : abondante !
Roswell : énormément de groupes et pas assez de publics, sauf pour le Rap et le Reggae.
Staif : enrichissante.
Greg : sur Marseille, il y a de moins en moins de salles de concert, ce qui nuit aux échanges avec d’autres groupes.

Des projets à plus ou moins long terme ?
Guillaume : pleins, mais chut ! JOKER !
Staif : ne plus descendre du train !

Une question à vous auto poser ? Et une réponse à y apporter ?
Guillaume : qui es-tu vraiment, parle moi de toi ? Je cherche encore, tous les jours : j’apprends, essaies d’appliquer. Je voudrais changer les gens, pour une plus grande tolérance. Je voudrais laisser une belle trace de mon passage dans cette vie, pour continuer à vivre un peu, ne serait-ce que dans les mémoires. J’ai si peur du rien. J’aime mes gosses, même si je suis obligé de gueuler, parfois. Mon but dans la vie : être aimer, et arrêter de me croquer le cerveau !
Staif : qu’est ce que t’en penses ? De quoi, du monde, de tout. A la base je suis très pessimiste et l’être humain me fait peur, pour mes proches, pour moi. La musique est une des seules choses qui me permet de me dire que tout ça sert peut être à quelque chose, qu’on est pas simplement des animaux un peu plus évolués mais pourtant régis par les mêmes instincts de bouffe, de sexe et de rapport de force .En grandissant, j’ai découvert quelque chose de terrifiant : sans argent tu n’es rien pour ce monde alors ce monde matériel ne m’intéresse que dans la mesure où il peut me permettre de nourrir mes rêves; j’ai pas envie d’appartenir à ce monde et si un jour j’ai des gosses, j’espère pouvoir les en préserver (j’ai peur que ce soit impossible). Je pense que si plus de gens rêvaient et essayaient de saisir les choses en essence et pas en substance tout serait un brin plus beau, plus artistique; et peut être que tout serait plus supportable, mais avec des "si" on peut faire beaucoup de choses, c’était juste ma vision écourtée d’un monde bien triste.
Greg : Désolé mais, JOKER !

Caym
05.11.2001

Groupe : Eths
Label : Season of Mist