
Printemps de Bourges 2009 - Gadget, Ultra Vomit, Royal Cabaret, Dagoba, Envy, Gojira (23.04.2009)


Grosse affiche Métal pour ce Printemps de Bourges cuvée 2009 : 6 groupes, dont 3 Japonais, qui seront intercalés entre des groupes français en pleine bourre ces derniers temps. C'est donc avec une certaine impatience que ce jeudi soir était attendu !
Sitôt le boulot fini en ce Jeudi 23 Avril 2009, nous partons à trois, direction Bourges pour tenter de trouver une place. Chose peu aisée à 18h en plein Printemps… Au bout d'une petite dizaine de minutes, nous trouvons notre bonheur et pouvons rejoindre la salle à pied, où nous passons rapidement la fouille pour pénétrer dans une salle déjà bien pleine où le quatuor Japonais de GADGET est déjà à l'œuvre. Leur Rock Psyché est agréable et le public semble apprécier, malgré un jeu scénique un poil trop statique. Le groupe compense sa timidité par un show sérieux, avec des guitares bien en place et en avant, avec un chant clair très Rock et de très bonne facture. Seule la bassiste aura quelques soucis de son, son instrument ayant une fâcheuse tendance à saturer. Le groupe alterne passages calmes, où le chanteur se complaît à poser des ambiances douces et planantes, avec des moments plus agités, où l'originalité du combo trouve sa pleine mesure avec un côté psyché très poussé qui, en plus de surprendre au premier abord, fait son œuvre et offre au groupe un son unique. Mention bien donc, même si notre arrivée assez tardive ne nous permet d'assister qu'à quatre titres. Et, anecdote comique, la bassiste fait honneur aux images que l'on a des touristes Japonais photographiant tout ce qui bouge en prenant des photos du public, le remerciant à maintes reprises, un grand sourire sur les lèvres. Atypique mais rafraîchissant, ce qui montre que le groupe est conscient de l'opportunité qui lui a été offerte de toucher un plus large public, et qu'il sait surtout rester humble.
Petite pause avant l'arrivée des barjots d'ULTRA VOMIT, qui viennent faire le sound check le moins professionnel qui m'ait été donné de voir. Le chanteur et le guitariste font les pitres, balancent conneries sur conneries et on sent le groupe en forme. Chose confirmée dès que le groupe monte sur les planches, avec une mise en scène excellente, sur fond de logo Universal détourné, musique comprise. ULTRA VOMIT n'est décidément pas un groupe qui se prend au sérieux, et l'enchaînement des titres principalement tirés d'Objectif : Thunes est quasi conforme à celui de l'album. Après un "Quand J'Etais Petit" tonitruant et acclamé par la foule, les classiques "Darry Coal Chamber", "Les Bonnes Manières", "Mechanical Chihuahua" achèvent de mettre le public à genoux. Public qui, s'il était conquis d'avance, n'hésite pas à reprendre les refrains en cœur, ravissant les musiciens qui se lâchent totalement et qui balancent des vannes à tout va. Mais la fête ne serait pas totale sans la surprise du chef, en l'occurrence un petit morceau qui en a mis plus d'un sur le cul : "Calogira". Non, vous ne rêvez pas, ce morceau est bien le croisement improbable de CALOGERO sur fond de "Vacuity" de GOJIRA. Une énorme claque qui en a laissé plus d'un mort de rire. ULTRA VOMIT est un groupe talentueux, tant dans la parodie que dans la présence scénique, avec des musiciens très charismatiques qui restent proches du public (le gratteux passera d'ailleurs le reste de la soirée à discuter avec des fans dans un coin de la salle). Cerise sur le gâteau, les excellents "Je Ne T'es Jamait Autans Aimer" et "Mountains of Maths" précèdent les incontournables "Outro" et le final sur "Je Collectionne des Canards (Vivants)" que le groupe ne pouvait pas ne pas jouer. Une quarantaine de minutes de show énorme, où le public passe du headbanging aux éclats de rire, prouvant qu'ULTRA VOMIT est vraiment un groupe de scène qui monte en puissance. Les retours glanés ici et là confirmeront d'ailleurs cette allégation, avec nombre de personnes, qui ne connaissaient pas le groupe avant, avouant être tombées sous le charme. ULTRA VOMIT c'est barré, c'est pêchu et on a rarement vu mieux pour chauffer une salle !
Deuxième pause de la soirée, avec une furieuse envie de manger un bout. Manque de chance, arrivés au stand, nous apprenons que l'organisation n'a prévu que 400 sandwichs, pour quelques centaines de Métalleux affamés… Le concert de Rap de la veille n'ayant pas été très lucratif, l'équipe de restauration a estimé qu'il en serait de même ce soir-là… Monumentale erreur, d'autant plus qu'il est impossible de sortir, sous peine de se voir refuser l'entrée ! Maudissant ces inconscients, nous retournons à nos places, le ventre vide et déjà gargouillant, pour assister à la prestation de ROYAL CABARET, le deuxième groupe Nippon mené par une chanteuse originale, tant dans son jeu de scène que dans ses lignes de chant.
Si le groupe commence à se faire un nom sur la scène Européenne, c'est sûrement grâce au comportement de cette demoiselle (qu'un ami qualifiera d'Amy Winehouse Japonaise…) qui, ayant amené une chaise sur scène, se contorsionne, déclame, hurle, gémit, joue avec sa jupe et tente de communiquer avec le public par quelques mots en français et un anglais assez indistinct. La foule reste dubitative devant la prestation, quoique hypnotisée par un batteur hors norme qui tape sur ses fûts comme un possédé et instaure des ambiances que l'on pourrait qualifier de rituelles. Quoiqu'il en soit, appréhender ROYAL CABARET après la décharge d'énergie procurée par ULTRA VOMIT n'est pas chose aisée tant le groupe est aux antipodes de ce à quoi on pourrait s'attendre dans un tel concert. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le public tente de s'accrocher aux branches et de vraiment entrer dans une musique hallucinée, constamment changeante et atypique. A mon avis, découvrir un tel groupe sur scène n'est pas la meilleure des approches, même si le groupe fait preuve de professionnalisme et de bonne humeur. Intéressant au point d'essayer d'écouter leurs albums bien au chaud à la maison, où l'immersion sera plus aisée et où la musique théâtrale de ROYAL CABARET doit donner sa pleine mesure !
Nouvelle coupure, le temps pour le staff technique d'installer le matériel des Marseillais de DAGOBA, que j'ai eu la chance de voir il y a peu à Orléans en compagnie de notre Head national. J'en profite pour écouter les gens autour de moi, qui confirment mon impression : programmer des groupes Japonais aussi atypiques dans un concert Métal dominé par des groupes qui "tabassent" n'est pas forcément la meilleure des idées… Le public, à peine chaud doit en effet assister à des compositions plus posées et moins accessibles, avant de remonter en puissance devant les grosses pointures Françaises. Car DAGOBA fait maintenant indéniablement partie de ces ténors de la scène Française, et nous le prouvera pendant 45 minutes de show très pro.
Dès l'intro le ton est donné : ça cogne, ça bastonne et la tournée précédente du groupe en compagnie de ONE WAY MIRROR a permis de peaufiner un jeu de scène qui était déjà proche de la perfection. Le groupe se donne à fond, avec un guitariste toujours aussi remuant et un Shawter des grands jours qui parlent beaucoup au public et surtout l'exhorte à créer des circle pits et autres bravehearts. Le groupe adore voir son public se déchaîner et lui donne pour cela toutes les raisons de le faire. Les morceaux s'enchaînent, implacables, Franky est en transe derrière ses fûts et donne libre cours à son immense talent, achevant de mettre le feu dans une salle en ébullition. Le public est déchaîné, réagissant à la moindre invective des musiciens, prouvant ainsi que DAGOBA est extrêmement populaire et que leur musique n'a pas fini de faire headbanger les foules. Une prestation énorme, dopée par un son magnifique (même si le chant était parfois étouffé par la puissance des guitares), qui nous pousse à attendre le prochain album avec impatience pour voir si le groupe saura franchir un pallier de plus et accéder à la reconnaissance internationale, après avoir conquis un public Français heureux de pouvoir être fier de sa scène nationale.
Encore groggys sous les assauts de la horde marseillaise, nous épanchons notre soif avec une mauvaise kro (là non plus, pas le choix dans les bières, super…) en attendant la dernière ligne droite avant les demi-dieux de GOJIRA.
C'est à ENVY, quintet Japonais créé en 1992, que revient la lourde tâche de nous faire patienter jusque là, et dieu sait que la tâche est loin d'être aisée, surtout que la fatigue et la faim commencent à cruellement se faire ressentir. Présenté comme une référence au pays du soleil levant, le groupe m'est totalement inconnu, excitant donc ma curiosité. Malheureusement, musicalement ENVY est très très particulier (pour rester poli), alternant les passages déchaînés où l'on a l'impression d'assister à une déferlante sonore déstructurée, avec de longs moments calmes menés par le chanteur sur son clavier. Celui-ci passe d'ailleurs d'un registre hurlé à quelque chose de plus planant, et même si l'utilisation du Japonais dans le chant est une originalité appréciable, la longueur de ces passages instrumentaux est telle que nombres de personnes commencent à trouver le temps long, au point que mes deux voisins s'endormiront, chose assez incroyable pendant un concert vous en conviendrez… Tout ça pour dire que même si le groupe s'applique et qu'on les sent bien dans leur trip, l'osmose avec le public ne se fera pas vraiment et que de nombreuses personnes profiteront de l'occasion pour aller reprendre des forces avant le clou du spectacle. ENVY n'est clairement pas un groupe à conseiller lorsque l'on veut quelque chose de direct et défoulant, la complexité de leurs morceaux, leur côté déstructuré et psychédélique étant tels qu'il vaut mieux avoir ingéré des substances illicites pour en profiter… Expérience peu concluante donc qui ne restera pas dans les mémoires, mais qui a permis à certains de se reposer :)
Après une vingtaine de minutes d'attente, les voilà, ceux que l'on ne présente plus et qui font l'unanimité à chacune de leurs dates. Surfant sur la vague de leur immense succès, les musiciens de GOJIRA investissent une salle en admiration devant eux et épaulés par un écran dispensant de petites vidéos, nous plongent dans leur Death si atypique sans coup férir. Le son est énorme, le combo toujours aussi professionnel et Joe bien en verve. Il discute avec le public, n'hésite pas à présenter les chansons (le voyage de l'âme de "The Way of All Flesh") et ses compères ne sont pas en reste, bougeant constamment sur la scène. Si vous avez lu les live reports de Head sur les concerts à Biarritz, vous avez une parfaite description de ce que l'on ressent à un concert de GOJIRA : une immense claque dans la gueule, une sensation d'être piétiné et traîné par un troupeau de buffles. Que ce soit à Arras devant 25000 personnes ou ce jeudi soir au Printemps de Bourges, la motivation est la même pour le quatuor qui enchaîne les morceaux tirés de leurs quatre albums (dont le fabuleux "From the Sky" disponible sur From Mars to Sirius, avec ses blast beats de folie) sans offrir la moindre chance de récupérer au public. Tous les qualificatifs élogieux ont été utilisés pour décrire un concert de GOJIRA, et celui-ci ne fera pas exception. GOJIRA est grand, GOJIRA est déjà dans la cour des grands et s'apprête à entrer au panthéon des groupes qui marquent leur génération. Le final sur le fabuleux "Vacuity", dédicacé à ULTRA VOMIT achèvera un public aux anges, laissant tout le monde sur les rotules mais heureux.
Grosse soirée Métal au Printemps de Bourges donc, avec plus de 6 heures de musique d'affilée, pour un résultat mitigé mais globalement satisfaisant. Si les groupes Français ont su assurer et confirmer toutes les attentes placées en eux, le bilan des groupes Japonais est moins évident. Si leur talent ne saurait être mis en doute, les intercaler comme ça entre des groupes très techniques et extrême n'était pas forcément le meilleur des choix, brisant les montées en puissance du public avec une musique plus contemplative et moins encline à la débauche d'énergie. Une soirée à thème aurait été moins déstabilisante, mais leur offrir de partager l'affiche avec de tels groupes leur a sûrement permis de se faire connaître d'un plus large public qu'ils n'auraient pu l'espérer… Petit mot pour finir sur l'organisation, qui si l'on occulte le petit souci de ravitaillement en sandwichs a été globalement à la hauteur, avec une bonne sonorisation, des lights très adaptés et performants, et des délais d'installation réduits au minimum entre chaque groupe. Un très bon concert, duquel nous sommes sortis affamés et à moitié sourds, mais un grand sourire béat aux lèvres. Si j'avais déjà eu l'opportunité de voir DAGOBA et GOJIRA sur scène, cette soirée m'a permis de découvrir les fous furieux d'ULTRA VOMIT et ça, c'est quand même quelque chose !
Le Scribe
28.04.2009
| Evènement : Printemps de Bourges 2009 Libellé : Gadget, Ultra Vomit, Royal Cabaret, Dagoba, Envy, Gojira Photos : 0 |
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