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Isis + Circle + Keelhaul - BT59 (02.12.2009)

Isis + Circle + Keelhaul - BT59

L'événement est incontournable. ISIS est de passage dans l'Hexagone pour deux dates seulement : Bordeaux, suivie du Trabendo à Paris le lendemain. Autant dire que la moyenne salle que représente le BT59 affiche ce soir une très bonne fréquentation, ce qui n'était pas forcément gagné au vu du contexte actuel (dans le monde du métal, on annule les dates comme on change de chemise). Ce sont donc plusieurs centaines d'amateurs qui sont venus se presser pour s'abreuver du post-métal intelligent des américains. Bon point pour l'ambiance.

En ouverture de la soirée, rien d'autre que KEELHAUL, loin d'être un nouveau venu sur la scène puisque cette année est sorti son quatrième brûlot, l'ironiquement nommé Keelhaul's Triumphant Return to Obscurity. Evoluant dans un relatif anonymat, notre quatuor de Cleveland pratique une mixture noise-métal-hardcore technique et tordue, qui fait office d'apéritif idéal. Son très cru et organique, présence scénique franche et conviviale débarrassée d'artifices : ça joue fort et on sent chacun des membres physiquement impliqué dans son art. A commencer par le guitariste à notre gauche, convulsionné sous l'impulsion de ses riffs déstructurés, tandis que le batteur torse-poil, mis en avant du fait de l'espace réduit réservé sur la scène, comble son jeu d'innombrables breaks et contre-temps conférant à la musique un liant à la limite du bordel organisé. Entre math-métal et morceaux plus facilement accessibles, KEELHAUL a convaincu ce soir et s'est fait poliment applaudir.

Venons-en à la Big Surprise de la soirée : les finlandais de CIRCLE. Soit un cas de dégénérescence mentale particulièrement avancé, à la croisée des styles qui plus est. Car lorsqu'on voit le chanteur arriver, tout droit sorti d'un clip des Village People (casquette de marin, débardeur blanc crados, énormes bracelets et ceinture de spikes, escarpins, la bonne moustache des familles et l'air fin-landais qui va avec) s'assoire devant son clavier et entonner des vocalises qui ressemblent à s'y méprendre à de l'arabe, on écarquille des yeux ! Le talent vocal du bougre et aussi impressionnant de maîtrise que son goût vestimentaire est de mauvais goût. Et c'est justement avec l'ambiguïté de ce mauvais goût que le groupe aime flirter, n'hésitant pas à entrecouper de longues plages expérimentales lentes et répétitives à de fulgurants éclairs punk-rock totalement inattendus, où c'est le guitariste qui émerge de sa léthargie pour mettre le feu au micro. Pas de doute, CIRCLE est doué pour installer un panorama d'images sonores propices à l'exploration du folklore finlandais, sabré par une approche très second, voire troisième degré, notamment lorsque notre chanteur favori mime avec sérieux les positions "bras tendus" des Power Rangers puis se met à courir frénétiquement sur place, tout ça sur fond de heavy-metal bien lourdingue. Pas facile de les suivre jusqu'au bout certes (on pense au titre final, composé d'une seule note jouée de plus en plus intensément un bon quart d'heure durant), mais rester indifférent est proprement impossible. Bonne claque.

Un tour au stand de merchandising permettra ensuite de découvrir un vaste choix d'articles pour les trois groupes de la soirée, dont des exemplaires d'affiches cartonnées qu'on imagine tirées en nombre très limité (le poster conçu exclusivement pour la soirée a dû se négocier à prix d'or j'imagine). C'est l'occasion de taper deux mots en anglais au gros tatoué du stand pour s'offrir un t-shirt, reprendre ses esprits et se masser devant la scène en attendant sagement le set très attendu d'ISIS.

ISIS... L'histoire d'amour dure depuis voilà 5 ans. A l'époque, Panopticon monopolisait le temps de parole de mon gros Ipod tout blanc et je convoitais alors secrètement de les voir un jour sur les planches. Time has come my friend ! Et mon petit esprit de s'émouvoir lorsque l'hirsute Aaron Turner, barbe et boucles en lieu et place de la boule à Z qu'on lui connaissait, déambule sur scène pour l'installation du matos. Pourtant, point d'effervescence dans le public ni de phénomène de "starisation" du personnage malgré son omniprésence au sein des scènes alternatives. Des artistes tels que DÄLEK, PELICAN, OXBOW, JESU ou encore COALESCE sont tout de même signés sur son label Hydrahead Records, excusez du peu... Les hostilités démarreront cependant sous une ovation méritée - c'est la moindre des choses - au son de "Hall of the Dead" tiré du dernier opus dont une large place sera consacrée avec pas moins de quatre titres. Si la réaction du public, quelque peu amorphe dans les rang, se fait attendre, le groupe jouit déjà d'une mise en place professionnelle de laquelle il ressort un sentiment de précision étonnant. Précision des riffs, des typiques lignes de basse réverbérées de Jeff Caxide, du jeu épuré et néanmoins caractéristique de Aaron Harris. Seule la voix de monsieur Turner se trouve un peu en retrait derrière l'imposante chape de plomb sonore qui nous fait face. Mais lorsqu'il s'avance tout au bord de la scène, le charisme du grand bonhomme nous irradie de sa présence, pour des frissons à répétition. Tout comme sa façon d'headbanger ultra-communicative, tenant plus de la possession voodoo que de la métal-attitude d'usage. Non, aucune triche à déceler chez les américains. On perçoit un bonheur de jouer certain malgré l'absence de communication du groupe. Qu'on leur pardonne. Ils ne sont pas là pour nous lancer des médiators et faire des clins d'oeil aux minettes de devant, mais avant tout pour recréer la variété des atmosphères dont ils sont les inventeurs. Point culminant du show : le tourbillon émotionnel du final de "Dulcinea" qui au rythme des hochements de tête de Turner (à s'en péter la colonne vertébrale), sort d'un coup et d'un seul le public de sa torpeur. Au moment de l'ultime rappel résonnera un riff obsédant, celui du classique tant espéré de Panopticon. Soit un "Altered Course" arrivant à point nommé, conclusion idéale du show baignée dans les teintes bleues-verdâtres des jeux du lumière, ô combien hypnotique, durant laquelle mes mirettes tenteront de photographier ces derniers instants pour l'éternité. Abasourdis et heureux d'avoir croisé la route des têtes de file du post-HxC, nous reprenons la route avec un seul mot en tête : "énorme".

Head!
05.12.2009

Evènement : Isis + Circle + Keelhaul
Libellé : BT59
Photos : 0