
Benighted + Kronos + Gorod + Mutilate the Stillborn - Le Complexe (12.04.2011)


Le Unleash the Hostile Tour a fait escale sur les quais de la capitale girondine en ce mardi 12 Avril ! Réunissant la crème du brutal-death français sur une dizaine de dates (rappelons que pour des mecs vivant d'un boulot de "monsieur tout-le-monde" à côté de la musique, monter une telle tournée relève d'un vrai travail de logistique), le rendez-vous était obligatoire.
Enfin, on a déjà assisté à des concerts plus blindés que ça à Bordeaux : sur la capacité d'accueil de 300-400 personnes du Complexe, on estime une jauge remplie à moitié... Deux raisons possibles à cela : un concert qui se produit en début de semaine attire généralement moins de monde qu'en week-end, et deuxio, l'absence étrange de la date (contrairement aux autres) dans les réseaux de distribution de billets n'a pas aidé à la communication de l'événement. D'ailleurs, le billet se résumait à une croix au marqueur sur le poignet une fois passée l'entrée, dommage pour ceux qui aiment repartir avec un souvenir !
Passé ce couac, l'essentiel était là heureusement : trois monstres de live dont la réputation n'est plus à faire. Je ne dirai pas quatre car les jeunes MUTILATE THE STILLBORN qui ouvraient la soirée ne nous ont pas convaincus plus que ça. Sous une étiquette "deathcore" revendiquée par le brailleur en jean slim / marcel WATAIN et malgré le cœur mis à l'ouvrage, trop de problèmes ont miné leur set : un son mal dégrossi, un micro qui rend l'âme, un batteur qui comble les temps morts comme il peut, et une façon de "poser" pas très spontanée de la part des membres. Pas grave, ils auront tout le temps de roder leur prestation avant une éventuelle prochaine fois, mais il y a des raisons d'y croire : une certaine négativité, presque effrayante, hante en effet le frontman Fabien, en adéquation avec la lourdeur rythmique assénée par ses compères.

Quand GOROD a débarqué par contre, ça a été une autre affaire. Grosse ferveur parmi les rangs pendant l'introduction orchestrale, avant que leur débauche de death-metal technique ne vienne dézinguer la fosse, jusque là timide. Ce qui frappe en premier lieu chez les Bordelais – "Ce soir, on est heureux, car on joue à do-mi-cile" braille Julien au micro – c'est l'étonnante dynamique de Barby, leur bassiste viking possédé par son art, headbanguant jusqu'à plus soif lorsqu'il n'est pas en train de cuisiner une salade de tapping sur sa basse fretless. Invité sur quelques titres, l'ancien chanteur de la formation fait monter d'un cran l'implication du public, qui lance quelques pogos en comité restreint. Frileux le public girondin... Il ressort de cet excellent concert une accessibilité paradoxale, qui ne demande que peu d'efforts malgré la complexité des riffs, des structures à assimiler. Donc, s'ils passent chez vous et que vous n'êtes pas spécialement friands de death technique, courez-y quand même, vous pourriez bien apprécier la mise en scène guerrière du spectacle...

Devant un tel coup de maître, je soupçonnais KRONOS (déjà vu deux ans auparavant dans cette même ville) de faire pâle figure en passant derrière, et effectivement, malgré tout le respect que je porte à ce fer de lance du death en France, la sauce n'a pas pris de la même manière. Moins grandiloquente, peut-être davantage reposée sur ses acquis techniques (les guitaristes ont ce syndrome du prof de gratte démangé par la virtuosité, la preuve pendant les balances), la performance est extrêmement carrée, brutale, mais ne bénéficie pas du même impact visuel, le même sens de la folie que leurs prédécesseurs. Malgré tout, le combo présente un nouveau chanteur en remplacement de Kristof, qui s'est senti parfaitement à l'aise, boule à Z et charisme de barbare à l'appui. Voilà qui devrait promettre pour le nouvel album à venir prochainement (les conditions du live ne m'ont pas permis d'identifier les nouveautés jouées ce soir). Malgré mes quelques réserves, KRONOS reste une référence à voir évidemment, une formation très professionnelle en dépit de l'activité en dents de scie que connaissent les Vosgiens ces dernières années...

Et puis clou du spectacle, les cranes rasés de BENIGHTED ont achevé l'autopsie à coup de piolet, et on savait à l'avance qu'on ne s'en sortirait pas indemnes... Les Stéphanois brillent en effet par des compositions axées sur l'efficacité pure et un feeling carrément primaire. Les plans grind, hardcore, ou purement death se succèdent telle une série de flashs épileptiques illustrés par les mimiques névropathes de Julien Truchan (infirmier en psychiatrie dans la vie, il maîtrise son sujet sur le bout des doigts), et j'avouerai que même en connaissant le dernier album comme ma poche, j'ai réussi à m'y perdre. Perdu au milieu de la bataille que se livrent alors les pogoteurs irréductibles, un peu plus nombreux cette fois mais sans toutefois atteindre de sommets. Quelques circle-pits et un wall of death plus tard, on est invité à monter sur scène si on le souhaite – BENIGHTED a ce sens inné du partage, sans vraiment se prendre au sérieux – j'y vais donc de mon petit headbang en groupe sur la tuerie éponyme d'Asylum Cave. Le bonheur ! Alors soyons clair : de webzine en webzine, on n'assiste qu'à des retours positifs sur la moindre date donnée par la bande, et je ne peux qu'appuyer ces dires. Extrêmement dynamiques (Eric, bassiste aux backing vocals, est une bête de scène lui aussi), communicatifs, accessibles et intègres, les cinq mousquetaires du death-grind dominent les sphères underground de notre vieux pays, et mériteraient de cartonner à l'export. Si déjà les foules se mobilisaient davantage aux concerts au lieu de se limiter au confort du "fauteuil/streaming", on profiterait peut être d'une meilleure émulation de la scène française...
Car c'est à la lumière des spots, le t-shirt en nage, que le metal trouve sa raison d'être, plus que dans le cadre étriqué d'une vidéo de smartphone regardée à la maison, prise par quelqu'un qui a préféré filmer sa vie plutôt que de la vivre. Et si vous lâchiez un peu tout ce bordel pour une fois, non ?
Head!
14.04.2011
| Evènement : Benighted + Kronos + Gorod + Mutilate the Stillborn Libellé : Le Complexe Photos : 0 |
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